mercredi 6 mai 2009

Comment je me sens?

Comment je me sens? Pas trop bien. La dureté du mental n'est pas au rendez-vous. Depuis deux semaines, on dirait que je ne feele pas. Je ne me sens pas bien mentalement parce que je suis malade ou je suis malade parce que je ne me sens pas bien mentalement? La poule et l'oeuf.

Hélène, la petite préposée aux malades des départements d'oncologie et de médecine ambulatoire, m'a dit l'autre jour de me concentrer d'abord sur moi car je suis seul dans la barque pour ramer et que je suis perdu au milieu d'un océan de merde . L'analogie est étrange mais c'est la vérité. J'apprécie tout ce que mon entourage fait pour moi mais en bout de ligne, je suis seul. Puisque je suis seul, il ne faut donc pas attendre les autres pour être heureux malgré tout. Il faut donc faire mes affaires, mon yoga, ma méditation, mon exercice, mon alimentation. Un jour à la fois. Maudit cliché. Un jour à la fois et les jours s'accumulent. Puis, on se réveille et ça fait cinq ans qu'on se bat contre le cancer. Il faut arrêter de penser à dans six mois, dans un an. Se faire de petits buts, par semaine, par mois.

Ah! Ça revient toujours aux listes!

Alors comment je me sens? Pas bien quand même. Depuis deux semaines, ce qui a commencé par un râclement de gorge bénin, est devenu une petite toux, puis une grosse, puis des quintes de toux et de la fatigue, de la fatigue comme jamais depuis le début de ma maladie. De l'appétit pas terrible et finalement jeudi dernier, 40° de fièvre.

Direction hôpital, un malheur n'arrive jamais seul, mon pickline fonctionne mal pour ma prise de sang mais Louise, mon infirmière-pivot, réussit tout de même à récolter le sang précieux. Je passe aussi une radiographie pour mes poumons.

Je ne vois pas le médecin mais celui-ci, selon mes symptômes et ma prise de sang, pense que je fais une sorte d'inflammation post-chimiothérapie, puisque je ne me mouche pas et je ne crache pas vraiment. Alors il me prescrit des anti-inflammatoires. Ce qui n'aide pas est mon hémoglobine à 68. Il est trop tard pour recevoir un ou deux culots de sang, à moins de m'envoyer à l'urgence, ce que j'aurais refusé afin de me prémunir d'attraper la grippe porcine ou la syphillis. Il y a de belles infirmières de soir à l'urgence. Plus les shifts sont à chier, plus les infirmières sont pitounes. Trève de commentaires machos.

Alors je reviens à la maison, non sans être passé par le Couche-tard pour une gigantesque slush au winshie-washer ou whatever. Vive les italiques. Je n'en fais pas trop. Je ne me crève pas le jaune, comme dirais un ex-collègue de travail du temps où je travaillais au Maxi durant mes études.

Quelques Tylenols de plus et me voilà plus égal dans ma température corporelle. Le lendemain, je reçois mes deux culots et je me porte encore mieux.

Aujourd'hui je tousse toujours, mais moins, je ne fais plus de fièvre mais j'ai des pointes de je ne sais trop quoi car je me réveille la nuit en sueurs, au point de devoir changer de gaminet (abolissons les italiques).

Vous savez, je me sens exactement comme la période entre mon diagnostic et le début des traitements de chimiothérapie. J'ai l'impression que la maladie gagne du terrain, petit à petit. Je ne tousse pas pour rien. Essayons de ne pas trop penser. Et peut-être qu'en l'écrivant, demain sera mieux?

7 commentaires:

La penseuse panseuse a dit…

Dans la vie ce n'est pas les drames humains, les tragédies ou la maladie qui me touchent mais bien le courage derrière l'épreuve. La résilience, l'espoir, le premier essaie, puis le deuxième, puis le troisième. Je visite votre blogue à l'occasion parce que j'ai un respect inquantifiable pour la manière dont vous affronter la bête. Par peur de souffrir, j'ai toujours dit que je refuserai le traitement alors je salue votre désir de vivre et votre courage.

CAtharsis a dit…

En pensée,

xx

L'ensaignant a dit…

Tu te bats, je me bats, il ne se bat pas. Je vais te raconter une histoire que tu ne connais pas car c'est du temps où on ne se connaissais plus.

Tu sais que mon paternel a été emporté par le cancer, rapidement. Six mois en tout. Au tout début, il s'est battu. Puis, à mesure que les mauvaises nouvelles sont arrivées et se sont succédées, il a lâché. Une longue dépression, trop longue.

Aujourd'hui, le souvenir que j'ai est celui de mon père qui a hâte d'en finir, de quitter, de nous quitter. Et malgré tout, malgré sa maladie, malgré son étât mental du moment, je lui en veux encore.

Pourquoi je te raconte cela? Premièrement parce que tu n'es pas comme lui. Tes écrits suent le non-abandon et puent le courage devant tous tes traitements.

Mais je t'écris surtout pour que tu te souviennes, pour elles, que tu n'as pas le droit de lâcher trop longtemps. Certes, pleure quand tu en as besoin et laisse-toi aller à des instants de découragement quand tu en as envie. Mais surtout, parce que ni toi, ni moi ne connaissons la fin, continue à te tenir debout face à c'te criss de p'tite affaire-là. Pour elles. Pour leurs souvenirs.

Continue le combat mon chum.

Je t'aime.

p.s. mon mot à vérifier afin de pouvoir enregistrer mon commentaire? "betami". "Bête ami". Je l'ai trouvé bonne...

Drew a dit…

T'as le droit d'être découragé mec te faut juste te servir de la brève descente pour te propulser vers un meilleur état.

De ce que j'ai pu lire ici, je sais que t'en es capable ;-)

xx

Lapsus a dit…

@la penseuse panseuse
Ne dites pas que vous refuseriez le traitement. Si vous sachiez le nombre de gens que je croise au département d'onco qui, physiquement, auraient toutes les raisons du monde de refuser leurs traitements et qui pourtant, les poursuivent. Quand j'ai mes traitements, je ne souffre pas. Maintenant, je souffre.

@CAtharsis
merci!

@L'Ensaignant
C'est, de loin, le message le plus encourageant que j'ai eu à date depuis le début de tout ça (ce qui n'enlève rien aux autres). Exactement ce dont j'avais besoin. Comme quoi l'amitié est insaisissable et forte malgré les années. Je t'aime aussi.

@Drew
Les semaines, les journées sont inégales, c'est ce qui est difficile. Il faut s'ajuster.

Anonyme a dit…

Je ne vous connais pas, mais le courage et la volonté sont des astres qui brillent dans votre ciel.
L'ensaignant à raison, battez vous pour elles, pour vos étoiles à vous.
Je ne vous connais pas, mais je vous envois de l'amour, de l'énergie et tout mon soutient.

AVa

Il faut avoir un chaos en soi-même pour accoucher d'une étoile qui danse. Nietzsche

Lapsus a dit…

@anonyme
Après mon départ, j'aimerais toujours être une étoile pour elles!